ACTUALITES Volailles : l’avenir est dans la donnée

Volailles WPSA

La WPSA France (1) a organisé, fin mars, une journée de conférences et d’échanges autour du big data et du numérique. On y a appris que l’agriculture en général, l’aviculture en particulier, constitue un champ particulièrement investi par les géants mondiaux du numérique.

« Notre rôle, à la WPSA France (1), c’est de partager les connaissances, de conduire des réflexions sur des sujets utiles à nos 250 adhérents », présente Christophe Bostvironnois, président de l’association qui regroupe des chercheurs, des enseignants et des industriels de la volaille. « L’aviculture génère énormément de données. Que fait-on de toutes ces données ? Cela devient un enjeu majeur. Nous avons choisi d’organiser une journée sur ce thème. »

Cette journée s’est tenue le 22 mars dernier à La Chapelle-sur-Erdre, près de Nantes. Plus d’une centaine de personnes étaient présentes pour ce temps fort de conférences et d’échanges autour du numérique, du big data et de l’agriculture de précision appliquée aux volailles.

Changement de modèle

Un spécialiste du sujet, David Le Glanaër, gérant de la société informatique Syd conseil, a démarré par une initiation au digital et au big data, utilisant des analogies pour bien faire comprendre le changement de modèle que vit notre société. «  Le digital, c’est un jeu qui se joue à plusieurs, et c’est celui qui a les données pertinentes qui gagne à la fin  (2).» Il a également comparé les données numériques à des « cassis », que l’on doit récolter, stocker, concilier avec d’autres (par exemple d’autres fruits rouges), transformer (confiture de fruits rouges) et commercialiser.

Pour toutes ces étapes, la technologie est désormais « mûre » : des standards convergents vont bientôt émerger, le stockage devient de plus en plus puissant (y compris du stockage de données brutes, sous forme de « data lake » ou lac de données), et de nouveaux métiers émergent, capables de corréler les données et de faire des « prédictions » (3). Quant à la régulation de l’utilisation des données et à leur propriété, David Le Glanaër est persuadé qu’elle se fera davantage avec la confiance « le patrimoine numéro 1 des marques », qu’avec la législation.

L’agriculture : le secteur que convoite la Silicon valley

Pour ce consultant, en matière de big data et numérique, le monde agricole possède « une avance culturelle ». En outre, il est LE secteur d’avenir que regarde actuellement la Silicon valley : « Là-bas, ils concilient food-tech, ag-tech avec l’alimentation locale, l’agriculture raisonnée…. Ils recherchent une intelligence du territoire ; la demande générale, c’est « do things for Good », c’est-à-dire faire des choses pour le Bien commun. »

Autre spécialiste du domaine numérique, Mickaël Nabat, de la société Proagrica, a rappelé l’importance de la connectivité entre acteurs, le cœur de métier de son entreprise. « Déjà 3500 acteurs agricoles sont connectés entre eux. » Parmi les clients de Proagrica : Avril, Syngenta, Monsanto, Cargill, Dupont… Mickaël Nabat rappelle que désormais tous ces acteurs ne vont plus vendre des « produits » mais « l’utilisation de leurs produits », un service dont la qualité dépendra de la bonne utilisation des données.

Au service du one welfare

Plus concrètement sur les volailles, Pauline Créac’h, ingénieure à l’Itavi (Institut technique de l’aviculture), a présenté des exemples de données, physiologiques ou environnementales, qui sont, ou qui seront prochainement utilisées en élevages. Ce sont par exemple les taux de dioxyde de carbone ou d’ammoniac mesurés en continu, la distribution des animaux dans l’espace, l’analyse de leurs mouvements, le niveau sonore de l’élevage…, qui pourront s’additionner aux nombreuses données zootechniques de l’élevage avicole. « D’une manière globale, ces données devront servir le « one welfare », le bien-être de l’animal et de l’éleveur. »

On peut également imaginer que chaque animal sera équipé d’une puce RFID, qui pourra délivrer des données de santé ou de consommation individuelles, avec une traçabilité jusqu’au consommateur. Pour Pauline Créac’h, tous ces développements pourraient arriver « d’ici cinq ans mais il nous manque des capteurs fiables et des standards. La R&D en la matière a de l’avenir ! »

Catherine Perrot (Agri 44 – Loire-Atlantique agricole)

  • 1 – Section française de la WPSA, World poultry science association.
  • 2 – Analogie avec « le football est un jeu qui se joue à 11 joueurs et c’est l’Allemagne qui gagne à la fin ».
  • 3- Exemple d’une prédiction très simple : si votre ordinateur comporte un cookie du journal L’équipe, à 86 % vous êtes un homme…
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