ACTUALITES Karnott : le carnet de notes connecté

À l’heure du numérique et de la gestion des données simplifiées, les charges de mécanisation et la gestion du matériel en commun se font bien souvent à l’aide du traditionnel papier/crayon. Sans tout révolutionner, la start-up Karnott s’emploie à changer la donne.

Karnott via un boîtier connecté et une plateforme web, a vocation à faciliter la mutualisation des matériels agricoles en calculant automatiquement leur temps d’utilisation, leurs kilomètres et leurs surfaces effectuées. Il remplace ainsi les traditionnels carnets de note, encore très utilisés par les agriculteurs et dont la tenue est peu pratique, chronophage et source d’erreurs. Née de la rencontre d’un agriculteur, Antoine Dequidt et d’un jeune ingénieur en infrastructure numérique, Alexandre Cuvelier, la petite entreprise en pleine expansion souhaite « faciliter la vie des agriculteurs, en traçant l’ensemble des interventions sur une parcelle en un clic ». Une ambition qui s’affirme puisque 200 boîtiers sont déjà achetés ou en essai chez des adhérents testeurs de la Fédération nationale des Cuma avec qui les deux entrepreneurs viennent de nouer un partenariat.

Pratique et facile d’utilisation

Alors que près d’un million de matériels agricoles s’achètent en commun et que chaque agriculteur utilise entre 15 et 20 engins agricoles, la gestion des données d’utilisation et le calcul des charges de mécanisation est souvent relativement archaïque. « De par mon expérience d’agriculteur, j’ai pu constater à quel point il était difficile de répartir les coûts de fonctionnement entre agriculteurs », explique Antoine Dequidt, le co-fondateur. Outre l’aspect fastidieux de ce travail de récupération d’informations, il peut aussi se révéler conflictuel dans certains groupes et entacher la confiance de l’ensemble des utilisateurs. Le système Karnott permet de suivre le matériel en temps réel, de l’entrée à la sortie de la parcelle, en calculant simultanément les kilomètres parcourus, la surface traitée, le mode d’utilisation du matériel, tout en déduisant les temps de pause… Fixé sur les machines – tracteurs, remorques, semoirs… – il est compatible toute marque, tout âge et tout modèle, cet objet connecté est entièrement automatique et autonome.

En plein lancement de leur entreprise, les fondateurs de Karnott exposeront pour la première fois au Space (Rennes) cette année.

En plein lancement de leur entreprise, les fondateurs de Karnott exposeront pour la première fois au Space (Rennes) cette année.

Des acheteurs potentiels multiples

Karnott cible trois groupes différents d’acheteurs potentiels à commencer par l’agriculteur qui souhaite mieux maîtriser ses charges. « Les charges de mécanisation représentent environ 30 % du chiffre d’affaires d’une exploitation, or il est compliqué de mesurer précisément la marge nette, production par production, en déduisant les charges mécaniques », explique Alexandre Cuvelier. Et de préciser, « avec nos boîtiers, en un clin d’œil, il est possible de mesurer les charges de mécanisation au global par parcelle / par production / sur un temps donné, en toute simplicité puisque nos algorithmes font tout le travail de calcul avec des informations certifiées et mises à jour en temps réel ». Les Cuma ou groupes d’entraide seront aussi intéressés par ce dispositif afin de faciliter la répartition des coûts de mécanisation. À leur intention, la start-up a créé un « capteur d’arrachement » du boîtier afin d’éviter une utilisation frauduleuse du système. L’autre intérêt pour les groupes d’entraide est la possibilité pour chaque adhérent de pouvoir géo-localiser en temps réel l’ensemble des outils et ainsi, parfois, d’éviter un retour à l’atelier inutile, en appelant le chauffeur de la machine utilisé pour un échange sur la parcelle. Enfin, les ETA (entreprises de travaux agricoles) pourraient se servir de Karnott comme prestataire de services en utilisant le service comme source fiable à la facturation en récupérant toutes les données d’un client sans saisie supplémentaire.

10 € par mois par boîtier

Ce nouveau service numérique est disponible sur abonnement au coût de 10 € par mois et par boîtier. Le prix est dégressif jusqu’à parvenir à 6 €/mois/boîtier à partir de 30 boîtiers. L’abonnement comprend le boîtier ainsi que le logiciel de gestion de données et l’accès à l’application smartphone. Afin de ne pas multiplier le nombre de dispositifs par exploitant et donc le coût, les boîtiers sont simplement aimantés, ce qui permet de les basculer d’un outil à l’autre très facilement. Alexandre Cuvelier estime que « pour une Cuma, par exemple, en prenant en compte la saisonnalité, un boîtier peut alterner sur deux à trois machines ».

Une start-up en développement

Fort d’un fort développement depuis son lancement il y a un an, et afin d’accompagner sa croissance, Karnott vient de lever 1,1 million d’euros auprès du fonds d’investissement Leap Ventures et de plusieurs Business Angels, notamment Benoit Demagny, président de Metal Technologies Development. « Cette levée de fonds va nous permettre d’accélérer le développement commercial du boîtier en France, d’amorcer une ouverture à l’international, et d’étoffer notre équipe. Nous avons déjà des contacts en Angleterre, en Allemagne, en Suisse et en Australie. Notre ambition est de devenir leader sur notre secteur d’activité et de faire remonter nos données d’utilisation du matériel sur l’ensemble des outils agricoles du marché », expliquent les deux fondateurs. Installés près de Lille, au Village by CA, au sein du pôle d’excellence Euratechnologies, les fondateurs ont engagé le recrutement de quatre salariés pour septembre et de trois autres profils (commerciaux) avant la fin d’année.

FacebookTwitter